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Le décès de Bianka ZAZZO m’a semblé passer assez inaperçu hormis le bel hommage que le Monde lui rend par la plume de Marc Richelle. "Un grand passage" est mon livre de chevet et pour ceux qui connaissent mon intérêt pour une analyse "sexuée" de l’école, nul doute que ce sont les travaux de madame ZAZZO qui m’ont considérablement influencé. Je ne peux que recommander chaudement les trois ouvrages cités par Marc Richelle ainsi que "l’école maternelle à deux ans..."

 

Bianka Zazzo, maître de recherche honoraire au CNRS, spécialiste de la psychologie scolaire, est morte à Paris, lundi 8 janvier, à l’âge de 91 ans.

 Elle était née Bianka Goldminc à Lodz, en Pologne, le 26 mars 1915, dans une famille juive de la petite-bourgeoisie aisée. Bien que jouissant d’un milieu familial affectueux et harmonieux, son tempérament passionné en fait une adolescente anticonformiste, qui adhère aux groupements de lycéens de gauche, interdits par la loi. Cela lui vaut, à 16 ans, un emprisonnement de trois mois.

Dès sa libération, sa famille, soucieuse de la mettre à l’abri, l’envoie à Paris, qu’elle découvre avec fascination. Elle ne renonce pas à ses engagements politiques de lycéenne et prend rapidement contact avec ses compatriotes appartenant à des mouvements de gauche, puis avec le Parti communiste français, avec lequel elle rompra en août 1968, écoeurée par le "printemps de Prague".

Elle vivra intensément tout au long de sa vie, avec sincérité et idéalisme, avec sens critique face aux mystifications et impostures, les événements politiques, que ce soit la guerre d’Espagne, la seconde guerre mondiale, la révolte hongroise, la guerre d’Algérie, le Vietnam ou Mai 68.

C’est en 1933 qu’elle rencontre René Zazzo (1910-1995), dont elle devient la compagne, et qu’elle épousera en 1936, dès qu’elle atteint sa majorité. Il lui communique son enthousiasme pour la psychologie, dont il devient rapidement une figure majeure sur le plan national et même international. Elle, de son côté, acquiert ses diplômes, se trouve associée au début des années 1950 à des recherches dans le domaine de la filmologie, étudiant les réactions des enfants spectateurs de cinéma, puis, au titre d’attachée de recherche du CNRS, poursuit ses travaux personnels en vue du doctorat, qu’elle obtient en 1964. Sa thèse, consacrée à La Psychologie différentielle des adolescents, sera publiée en 1966.

Bianka Zazzo participe à l’équipe de recherche mise en place par René Zazzo, sans délaisser son propre programme, surtout après sa désignation comme responsable du Centre de psychologie de l’enfant créé à Nanterre à l’initiative conjointe de l’université Paris-X et de la municipalité.

Elle s’y engagera dans des études longitudinales, trop rares en dépit de leur importance en psychologie du développement, qui donneront lieu à trois publications marquantes : Un grand passage : de l’école maternelle à l’école élémentaire (1978), Les 10-13 ans : garçons et filles en CM2 et en sixième (1982) et Féminin-masculin à l’école et ailleurs (1993).

Ces travaux marqueront une nouvelle génération de psychologues et de sociologues et contribueront notablement à modifier en profondeur le visage de la recherche en France, en mettant l’accent sur des aspects jusque-là méconnus.

Dans un dernier ouvrage, Une mémoire pour deux (2000), Bianka Zazzo livre en contrepoint le récit des soixante ans de sa vie de couple, avec ses tendresses et ses tensions ; le déroulement des deux carrières scientifiques ; l’histoire tourmentée des événements du monde au cours de trois quarts de siècle, auxquels font écho ses engagements politiques et ses déceptions.


Marc Richelle est professeur émérite de l’université de Liège.


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